Paola du groupe KINDI nous reçoit chez elle pour vous parler de notre future collaboration

Aujourd’hui, nous sommes allée rendre visite à PAOLA du groupe KINDI ARTESANIA ANCESTRAL
chez elle à Medellín afin de collaborer sur une nouvelle ligne de merveilleux bijoux en tissage de perles Miyuki et Goldfield.
Entre modernité et tradition, nous vous concoctons des petites merveilles.

Nous en avons aussi profiter pour réaliser une entrevue
et connaître son point de vue sur l’artisanat traditionnel venant des communautés amérindiennes,
l’importance sociale et spirituelle qu’elle donne à cette activité, et pourquoi à travers de la création,
ces femmes peuvent valoriser leur place dans la société colombienne.

S : Bonjour Paola et merci de nous recevoir chez toi, à Medellín, pour préparer ensemble et pour Elyconia, cette belle collection de boucles d’oreilles en tissage de perles Miyuki.
Paola, d’où viens-tu ?

P : Bonjour, je suis Paola, je suis issue de la communauté INGA dans le Putumayo et je suis ravie de te recevoir ici à Medellin. J’habite ici depuis 17 ans maintenant car cette ville m’a offert beaucoup d’opportunités professionnelles et j’ai toujours été attirée par ce lieu dynamique et celle que l’on nomme : la ville de l’éternel printemps.

S : Que signifie KINDI ?

P : KINDI est le colibri en notre langue indigène. Il représente l’harmonie de la nature et les belles choses que cette dernière nous donne. Il est aussi l’oiseau représentant la Colombie. Ainsi, de manière naturelle, nous avons nommé le groupe KINDI, en hommage à nos origines et à la nature.

S : Paola, racontes-moi un peu pourquoi tu as décidé de faire ce travail artisanal qu’est le tissage de la perle ?

P : Je fais cette activité aujourd’ hui car elle fait partie de ce que je veux montrer de nos cultures amérindiennes de Colombie. Je fais partie du comité indigène des INGAS, ici à Medellín et en plus de cela, je propose des ateliers entrepreneuriat et d’ « empowerment  » féminin pour ma communauté, mais pas seulement. Le tissage de perles artisanal et ancestral avec le groupe KINDI me paraissait être une activité importante pour transmettre mon identité indigène et perpétuer la tradition du tissage que nos ancêtres nous ont enseignés.

S : Racontes moi un peu l’origine de ce savoir-faire des tissages et comment aujourd’hui, le groupe et la majorité des artisans en sont venus à faire des objets plus modernes et plus « citadins » comme les produits que nous créons pour Elyconia ?

P : A l’origine, le travail de la perle vient des peuples de l’Amazonie. Ces derniers utilisaient les graines séchées des fruits et végétaux trouvés dans la forêt pour se confectionner des parures de bijoux. Puis, lors de feria des trocs où les peuples se rencontraient pour échanger leurs produits, cultures, récoltes… ils découvrirent la perle en porcelaine de couleurs vives (celle que nous nommons la chaquira en Colombie ), grâce à d’autres communautés, plus développées et moins reculées. Ces perles très colorées furent immédiatement adoptées par les communautés car les couleurs sont l’essence et l’identité même de nos origines. Nous vivons, vibrons pour celle-ci et nous nous différencions des autres personnes grâce à nos parures et costumes toujours vifs.

A la base, les objets artisanaux étaient seulement des objets usuels du quotidien (sacs pour récolte, pour porter les victuailles, paniers pour ranger les graines, les légumes dans la maison…) que chacun réalisait pour lui-même ou son foyer selon son propre goût. Il n’y avait pas vraiment de recherche esthétique. Cependant, les symboles et les couleurs de la communauté étaient représentés pour affirmer l’appartenance à un groupe.

Petit à petit et ce depuis une vingtaine d’année, l’artisanat a commencé à se démocratiser et à arriver dans les villes. Depuis la fin des années 90, les designers et ensuite les citadins ont commencé à s’intéresser à ces objets traditionnels et ancestraux.

Ce fut une très bonne opportunité pour nos peuples indigènes car nos Savoir-faire commençaient à se perdre. En effet, les enfants délaissaient les villages et l’apprentissage des traditions culturelles  pour partir travailler en ville.

Depuis 20 ans donc, il y a un retour et un grand attrait pour l’artisanat et cela nous permet de valoriser et perpétuer notre travail mais surtout notre identité. De notre côté, il nous manquait beaucoup ce côté artistique et créatif car nous avions l’habitude de confectionner nos objets sans trop de diversité (car on ne change pas une recette qui fonctionne depuis des générations et des générations) et seulement dans un but usuel mais en rien esthétique.

Aujourd’hui, grâce à la création, la modernisation, et grâce à des personnes comme toi et ta marque Elyconia, qui souhaitent valoriser l’artisanat, nous pouvons continuer à exercer nos Savoirs ancestraux, nos conocimientos (=connaissances) , nos disciplines culturelles que nous maîtrisons depuis des générations mais à travers des designs plus contemporains et des matériaux plus modernes.

Ce fut la seule solution pour faire perdurer des savoirs en perdition car plus personne ne s’y intéressait à cause du phénomène de la mondialisation.

S : Paola, Peux-tu me répéter les phrases impactantes que tu m’as souvent dite dans cette entrevue, à propos du savoir que les peuples détiennent mais risquent de perdre par manque d’ouverture ou de créativité

P : Aujourd’hui, nous vendons notre artisanat donc bien sûr, il y a une dimension économique mais comme je te disais, à travers cette dimension, nous pouvons valoriser nos origines et faire que nos enfants s’intéressent aussi à l’apprentissage des techniques artisanales du filage, de la teinture  ou du tissage par exemple comme ils apprendraient les recettes de cuisine de leur grands-mères.

Rien ne peut nous faire plus plaisir que d’être valorisé de cette manière car c’est une reconnaissance inouïe pour des peuples qui ont été délaissés et considérés comme inférieurs depuis trop longtemps.

S : Pourquoi as-tu décidé de déménager à Medellín ?

P : Premièrement, j’ai toujours été attirée par cette ville, comme je te disais. Ensuite, cela fut comme une évidence car j’ai grandi dans une famille nombreuse (comme la majorité des familles colombiennes et indigènes) et mes parents n’avaient pas assez de terres pour nous permettre à tous de rester au village et recevoir une parcelle pour pouvoir la cultiver ou élever des animaux.

Aujourd’hui, cela aussi est un fléau car certaines personnes issues de villages indigènes et en manque de ressources ne veulent pas quitter les villages pour ne pas renier leurs origines. Ils sombrent dans une grande pauvreté car ils n’ont pas de terrains pour pouvoir semer et cultiver , ou se loger. C’est pour cela que l’on remarque beaucoup de pauvreté dans nos régions.
Ceux qui descendent dans les villes ont toujours l’opportunité de gagner un peu d’argent mais pour ceux qui souhaitent rester dans les villages, c’est une autre histoire…

Je pense donc qu’il faut saisir les opportunités que la vie nous tend, croire en notre pouvoir créateur, croire en notre propre capacité à réaliser nos projets avec la foie et positivisme, se sentir fier de nos origines. C’est pour cela que je propose des ateliers de « women empowerment » chaque semaine à des groupes de femmes indigènes et que j’ai souhaité créer le groupe KINDI, pour aider toutes celles qui souhaitent s’émanciper, créer, tout en restant fière de leurs racines.

S : Paola, merci beaucoup de m’avoir reçue ce matin. Merci d'avoir répondu à mes questions avec tant d’honnêteté et de sincérité. ET je suis très reconnaissante que nos chemins se soient croisés pour créer ensemble cette sublime collection que j’ai déjà hâte de découvrir en vrai ?

P : Sophie, Je suis aussi ravie que la vie nous ait fait nous rencontrer ! Merci à toi de nous avoir contactées, de nous faire confiance et surtout d’avoir un projet rempli de sens, qui nous permet de nous valoriser jusqu’en France. Nous sommes très fières de commencer à travailler pour Elyconia.

Découvrez notre session de travail en vidéo

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